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Janvier
2007
La maladie d'Alzheimer touche
aujourd'hui environ 850 000 personnes en
France. Cette maladie dégénérative débute
par des pertes de mémoire récente et des
troubles du comportement puis évolue vers la
disparition de toutes les qualités
intellectuelles et physiques, conduisant le
malade à un état de dépendance totale.Une
maladie encore taboue qui touche
physiquement et psychologiquement l'ensemble
de l’entourage du malade.
Alzheimer, le guide des
aidants,
posé sur la table du salon,
Maryse s'informe, pose des questions aux
médecins, aux infirmières... En mars 2005,
le diagnostic a été formel: sa maman, Léa,
âgée à l'époque de 77 ans souffrait de la
maladie d'Alzheimer. « On a commencé à
s'en rendre compte car elle égarait beaucoup
de choses et puis elle s'est perdue au
marché où elle avait l'habitude d'aller.
Parfois, elle avait comme des crises de
démence », explique Maryse. Depuis, même
si elle vit encore seule dans sa maison, son
état se dégrade au fil des semaines. «
Elle ne se fait plus à manger. Jusqu'en
juin dernier, elle se faisait encore de la
soupe. Maintenant, je lui prépare ses repas
du midi et du soir. Mon mari les lui apporte
en deux fois sinon elle mangerait les deux
en même temps ou elle ne mangerait rien.
Elle est devenue difficile mais très
gourmande alors qu'elle ne l'était pas du
tout avant », raconte sa fille.
Plusieurs fois par jour,
Maryse ou son mari vont donc la voir dans sa
maison située à quelques centaines de
mètres de chez eux. Une aide-ménagère vient
également ainsi qu'une infirmière, chaque
matin. « Cela m'a beaucoup soulagée
moralement et physiquement-, indique
Maryse. »> Car la maladie d'Alzheimer
touche l'ensemble de l'entourage du malade,
son conjoint, ses enfants. Trop d'aidants,
encore, restent seuls face à la maladie.
C'est pourquoi l'association France
Alzheimer a choisi comme mot d'ordre cette
année « Ne restez pas seuls face à la
maladie d'Alzheimer ». Le sujet est encore
tabou. On n'ose pas en parler, on se
cloisonne chez soi... «
On constate souvent un repli
avec un sentiment de culpabilité. Les
familles n'osent pas dire qu'un proche est
touché par la maladie d'Alzheimer Quand
elles franchissent le seuil de notre
association, elles nous font part de leur
solitude »,
explique Arlette Meyrieux,
présidente de France Alzheimer.
Abandonner
sa propre logique
Au fil de la maladie,
l'aidant doit s'adapter. Au départ, la
maladie se manifeste par des troubles de
mémoire, des problèmes de langage, de la
désorientation dans le temps et l'espace,
des changements d'humeur, de personnalité.
-Au début, le patient va essayer de
compenser et de masquer ses troubles. Les
proches vont s'en rendre compte mais
n'oseront pas en parler non plus et
essaieront de compenser les déficiences du
malade », précise Jacques Touchon,
professeur de neurologie au CHU de
Montpellier et vice-président du conseil
scientifique France Alzheimer. L’aidant
doit essayer de comprendre la psychologie
du malade, il doit adapter son comportement
en essayant de retenir son attention, le
regarder droit dans les yeux, lui parler
doucement et clairement, lui donner un seul
message à la fois, montrer les choses en
parlant... « Il faut abandonner son
propre cheminement, sa propre logique pour
rentrer dans celle du malade. Il ne faut
jamais affronter le malade et ne pas vouloir
à tout prix lui expliquer ses erreurs car
c'est le mettre en échec. Et il ne faut pas
tout faire à sa place, il faut lui laisser
faire les choses », explique Arlette
Meyrieux. Un exemple, il vaut mieux
préférer les questions fermées aux questions
ouvertes comme « Veux-tu des pâtes ou du
riz pour le dîner? » plutôt que
< Qu'est-ce que tu veux
pour dîner? ».
«
Accepter
de se
faire aider
»
Groupes de paroles, écoute
téléphonique, rencontre individuelle, avec
plus d'une centaine d'antennes
départementales dans toute la France,
l'association France Alzheimer constitue un
véritable soutien pour les familles.
L'accompagnement d'un malade d'Alzheimer
sans aide extérieure entraîne un épuisement
physique et psychologique. Une famille sur
trois devient assume cette situation
seule. 47 % des aidants se disent déprimés.
« C'est normal, car quand un
patient ne reconnaît plus son conjoint, il
devient une autre personne et c'est très
difficile alors pour le conjoint d'aimer
quelqu'un d'autre. Il faut accepter de se
faire aider. Le conjoint ne peut pas prendre
seul en charge le malade car il va s'épuiser
»,
explique le professeur
Jacques Touchon. Les accueils de jour, par
exemple, constituent un véritable répit pour
la famille.
« Au départ, les familles
ont peur de laisser le malade mais
finalement ça se passe très bien. Les
malades aiment y venir. Mais aujourd'hui, il
manque de structures de ce type, il en
faudrait une par canton. Attention car il
faut des moyens spécifiques, ces accueils de
jour ne doivent pas faire office de garderie
»,
prévient Arlette Meyrieux.
Des essais de vaccins
Ces lieux ont, à différents
degrés selon les structures, des rôles
thérapeutiques. Car s'il existe des
médicaments pour soigner cette maladie, ils
ne suffisent pas, il faut ajouter une
solution non médicamenteuse.
« Il faut une prise en charge
globale du patient. Une stimulation
cognitive est nécessaire et parallèlement à
cette solution, les médicaments permettent
de diminuer les troubles
comportementaux mais ils n'attaquent pas la
cause, la maladie continue. Le grand espoir
pour demain est de trouver un traitement qui
bloquerait la progression de la maladie.
Des essais de vaccins sont en développement,
ce serait une sorte d'immunisation contre
les lésions caractéristiques d'Alzheimer »,
explique le professeur
Touchon. Des recherches sont effectuées dans
le monde entier. De nombreux chercheurs
plaident pour le diagnostic précoce. «
Lorsqu'un patient se plaint de la mémoire à
son médecin, ce dernier doit avoir le même
réflexe que s'il était en face de quelqu'un
souffrant d'un infarctus du myocarde:
l'envoyer vers un spécialiste, neurologue ou
gériatre pour une consultation mémoire »,
précise Jacques Touchon. Si la maladie
touche majoritairement des personnes de plus
de 65 ans, des personnes très jeunes peuvent
également être touchées. Dans 1 % des cas
environ cette maladie est due à la mutation
d'un gène qui se transmet sur un mode
héréditaire. La maladie se déclare alors
toujours avant 60 ans. Dans les autres cas,
en l'occurrence la grande majorité,
difficile d'établir des facteurs de risque
bien précis même si l'âge, l'hypertension
artérielle, le diabète, le bas niveau de
stimulation intelectuelle peuvent être
considérés comme tels. Une chose est sûre:
cette maladie interpelle.
« Il y a dix ans, on
n'intéressait personne »,
rappelle la présidente de
France Alzheimer. En 2007, la maladie
d'Alzheimer sera
« grande cause nationale ».
Une manière de ne pas tomber
dans l'oubli.
Cécile Pelé
Sources: Magazine "Le Mutualiste. Santé
vie MC15
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